Haïti : Des milliers de personnes risquent l’expulsion forcée

Plus de 200 familles ont été chassées entre le 7 et le 10 décembre 2013 du camp Mozayik, un des camps du quartier informel de Canaan, situé à la périphérie de Port-au-Prince. Un juge de paix de la commune de Croix-des-Bouquets, accompagné de policiers et d’hommes armés, a alors procédé à l’expulsion. Ces agents ont eu recours à une force excessive, les policiers ayant apparemment lancé des bombes lacrymogènes et tiré en l’air pour intimider les résidents qui résistaient.

Une dizaine de personnes ont été agressées, dont une femme enceinte de quatre mois. Cette expulsion aurait été ordonnée par un tribunal en juin dernier. Pourtant, les habitants ont déclaré ne pas avoir été informés de cette décision ni avoir reçu d’avis d’expulsion.

Les terres sur lesquelles sont situés les camps de Mozayik, du Village Grâce de Dieu et du Village des Pêcheurs ont, semble-t-il, été choisies par des entrepreneurs locaux pour construire un terminal gazier.

Canaan, quartier informel situé à plusieurs kilomètres au nord de Port-au-Prince et ne disposant ni d’eau courante, ni d’installations sanitaires, continue de croître avec l’arrivée de nouvelles victimes d’expulsions forcées. Ce site se trouve sur un grand terrain que l’ex-président René Préval avait déclaré d’« utilité publique » deux mois après le séisme. En 2012, le gouvernement du président Michel Martelly a émis un nouveau décret qui réduisait la zone concernée. Cependant, le statut de ces terres reste flou et les familles qui s’y sont réinstallées ne bénéficient d’aucune sécurité d’occupation. Beaucoup d’entre elles, dont les anciens résidents du camp Mozayik, ont été chassées d’un camp de personnes déplacées ou ont quitté un camp menacé afin de trouver un endroit plus sûr où vivre. De nombreux habitants de Canaan, y compris les anciens résidents de Lanmè Frape, risquent d’être expulsés de force à l’initiative de personnes affirmant être propriétaires de ces terres (pour en savoir plus).

Quatre ans après le séisme dévastateur qui a frappé le pays en janvier 2010, 146 573 personnes vivent encore dans des camps de fortune, d’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Un tiers d’entre elles risquent d’être expulsées de force. Néanmoins, ce nombre n’inclut pas les 52 926 résidents de Canaan, que l’OIM a supprimés de ses listes de personnes déplacées en septembre dernier, le gouvernement haïtien considérant cette zone comme des « nouveaux quartiers nécessitant un plan d’urbanisme à long terme », et non comme un camp de personnes déplacées.

La destruction de la seule source d’eau dans ce quartier est particulièrement inquiétante au vu de l’épidémie de choléra qui sévit actuellement. Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé publique et de la Population, en date du 17 janvier, 363 117 cas de choléra et 8 539 décès ont été enregistrés depuis le début de l’épidémie, en octobre 2010. Selon l’Organisation mondiale de la santé, « la mise à disposition d’une eau saine et d’installations sanitaires est essentielle pour réduire l’impact du choléra et d’autres maladies d’origine hydrique ».

Agir

Inscription au groupe 4

...