Les évictions forcées en Haïti en 2013-2014

Suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010, on estime en 2013, que 350'000 personnes vivent encore dans des camps de fortune et en toute insécurité, et que 20% d’entre elles sont menacées d’expulsions forcées. Ces expulsions sont menées par les forces de police et des hommes qui peuvent être armés de machettes et de couteaux accompagnés parfois d’un juge de paix local ; ils détruisent les abris parfois avec des personnes encore dedans ; la police tire en l’air pour  effrayer. Tout cela est exécuté sans ordre d’éviction préalable, sans avertissement, et sans solutions de rechanges acceptables et adaptées.

Depuis 2010, notre groupe –  élargi pour l’envoi de lettres aux membres d’autres groupes et à des associations genevoises et/ou des personnes directement impliquées en Haïti – a adressé de très nombreuses lettres au Président Joseph Martelly, au Directeur Général de la Police haïtienne, Godson Orélus, et aux maires des différentes localités concernées, demandant l’arrêt de ces évictions forcées sans autre alternative, et que soient investiguées toutes allégations de menaces ou de violences de la part de la police et d’autres personnes qui travaillent pour elle, que des logements adaptés (eau, sanitaire, etc) leur soient proposés ainsi qu’à toutes les personnes qui continuent de vivre dans des camps de toile.

Notre travail s’est basé sur le rapport « Les Déplacés de Haïti, combien de temps devront ils encore crier  pour se faire entendre ? » de  Chiara Liguri, chercheuse de AI, reçu en octobre 2013 : Les conditions de vie dans les camps sont devenues encore plus difficiles depuis le départ de nombreuses ONG et depuis que le gouvernement a cessé d’aider les habitants des camps, en 2011, de peur de les rendre dépendants à cette aide. Les expulsions forcées n’ont cessé depuis avril 2010. Dans un autre rapport, « Nulle part où aller – Les expulsions forcées des camps de déplacés en Haïti », publié en avril dernier, il ressort que ces expulsions ont été aussi bien effectuées par des propriétaires privés que par les autorités publiques. Ce qui a changé, c’est le nombre de déplacés qui a heureusement diminué.  Des centaines de milliers de personnes ont été relogées grâce à un programme d’aide personnelle au logement sur une durée d’un an. Cependant plus de 16'000 familles ont été victimes d’expulsions forcées et 24'000 autres continuent d’être menacées d’expulsion.

La plupart de nos lettres concernent les campements et installations de fortune de Canaan, une grande zone dans la périphérie de Port-au-Prince, déclarée d’utilité publique en mars 2010, où se sont alors installées des personnes déplacées qui vivent sous la menace d’expulsion forcée et subissent intimidation, harcèlement de la part de prétendus propriétaires du terrain. Il règne une grande confusion quant à la part de terrain couverte par le décret d’utilité publique, car il semble qu’un deuxième décret gouvernemental réduisant la dimension du terrain exproprié ait été pris l’an dernier, mais l’information à ce sujet n’a jamais été rendue publique ! Aussi, des centaines de familles se sont plaintes d’attaques répétées de policiers et hommes armés, habillés en civil, qui auraient détruit des abris fraîchement réparés et auraient emporté des matériaux de construction et sont désormais sans aucun abri. Suite au rapport d’AI et  à des pressions de la communauté internationale, le gouvernement haïtien a rendu publiques fin avril dernier deux déclarations condamnant les expulsions forcées et où il s’engageait à prendre les mesures appropriées pour cesser les intimidations et notamment de mener à bien des enquêtes sur les faits et de traduire en justice les auteurs de ces actes. Si ces personnes n’ont toujours pas vu d’actions du gouvernement qui dissuaderaient les prétendus propriétaires de terrains de répandre la panique et de détruire leurs abris et  moyens de subsistance, on constate que la police soutient les actions des prétendus propriétaires, actions  contraires à la loi haïtienne, aux normes internationales en matière de droits humains.

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