L'Ouganda une situation révélatrice de l'ambiance mondiale

Parfois, en examinant rétrospectivement les activités d'un groupe et les évènements de l'année écoulée, il apparaît qu'un pays concentre toutes les attentions comme, cette fois-ci, l'Ouganda.

Tout d'abord, le prestigieux prix Martin Ennals, collaboration entre dix des principales organisations de défense des droits humains dont Amnesty, a été décerné, en octobre 2011 à Genève, pour la première fois à une militante LGBT, l'Ougandaise Kasha Jacqueline Nabagesera.

A l'instar du président du jury Hans Thoolen, saluons « une femme exceptionnelle d'un courage rare, qui, malgré des menaces de mort, se bat pour la dignité humaine et le droit des homosexuels et des personnes marginalisées en Afrique ».

Kasha Jacqueline NabageseraÂgée de 31 ans, la fondatrice et directrice exécutive de Freedom and Roam Uganda est devenue la figure de proue du combat contre les projets de loi de durcissement de la répression menée à l'encontre des minorités sexuelles avec des condamnations allant jusqu'à la peine de mort. En octobre 2010, une liste de cent personnes à exécuter, dont Kasha, a été publiée dans un journal. Malgré le meurtre de son collègue et colistier, le militant gay David Kato, elle a refusé d'entrer dans le cercle vicieux qui veut que plus on se soumet à la discrimination et plus leurs auteurs s'en trouvent revigorés, d'autant plus qu'ils jouissent d'une totale impunité.

La situation en Ouganda est caractéristique de nombreux pays, anciennes colonies, particulièrement celles de l'ancien empire britannique, dans lesquelles, dès leur arrivée, les législateurs, les missionnaires et le corps médical ont diabolisé l'homosexualité. Ce que confirme Kasha : « A Kampala, les gens vous disent qu'ils veulent que les homosexuels soient exécutés ou emprisonnés. En ont -ils déjà rencontré ? Non, jamais ! Mais en classe ou le dimanche au temple, on leur a dit que c'est illégal, un péché. Ils haïssent parce qu'on leur a appris à haïr. Sinon, je pense que c'est juste une question de peur ».

À Londres, l'association privée Kaléidoscope, soutenue aussi par le gouvernement britannique, a été lancée pour abroger les vieilles lois coloniales encore en vigueur dans 38 des 54 pays du Commonwealth. Souhaitons lui bonne chance, mais les autorités auraient été plus inspirées, pour démontrer leur bonne volonté initiale, en accordant un visa à la militante ougandaise qui a dû décliner une invitation lancée par les organisateurs de la Gay Pride de Derry, en Irlande du Nord.

Le motif officiel du refus fut la situation financière de la jeune femme et la crainte qu'elle ne dépose une demande d'asile. À ce sujet, Amnesty France a publié le livre « Réfugiés, un scandale planétaire » pour dénoncer l'accroissement des entraves aux migrations et au droit d'asile et, plus particulièrement, la barrière que l'Union européenne essaie de constituer en poussant les pays limitrophes (Afrique du Nord, Turquie et Ukraine) à accueillir les réfugiés et les dissuader d'entrer dans l'Union. Avec les dix propositions avancées, Amnesty veut rappeler aux États leurs engagement en la matière, l'une d'elles est de « sensibiliser et former les agents de l’État ».

En Suisse, en juin 2009, une motion fut déposée par la Conseillère nationale Katharina Prelicz-Huber dont l'objet était de compléter la notion de réfugié en intégrant explicitement la persécution liée au genre comme motif d'asile. Le Conseil fédéral demanda de rejeter la motion au motif que l'Office des Migrations traitait au mieux les demandes des requérants LGBT. Simple coïncidence avec la proposition d'Amnesty France ou est-ce l'arrivée d'une nouvelle conseillère fédérale au DJP, la direction de l'ODM, en collaboration avec Denise Graf, responsable des questions d'asile de la section suisse d'Amnesty, a organisé une journée de formation et de sensibilisation de l'ensemble de son personnel en novembre 2011. C'est avec plaisir que les groupes spécialisés genevois et bernois ont répondu à l'invitation. Ce fut l'occasion de dépasser les préjugés et de permettre une meilleure aisance dans l'audition des requérants, le sujet suscitant encore parfois de la gêne chez certains fonctionnaires.

Parmi les autres actions qui ont mobilisé le groupe, on peut citer la situation en Europe de l'Est, notamment l'extrême difficulté d'organiser une Gay Pride, quand elle n'est pas sévèrement réprimée en plus, et l'adoption de lois criminalisant l'homosexualité.

Inscription au groupe LGBT

...